Un père respecté, une bouteille cachée derrière un placard, et une nuit que son fils n’oubliera jamais.
Il ne buvait jamais avec ostentation. Ce n’était pas un homme que l’on pouvait qualifier d’ivrogne. Non, son rapport à l’alcool était plus subtil, presque méticuleux. À la tombée de la nuit, lorsque le silence enveloppait la maison et que le monde extérieur semblait enfin s’éloigner, je l’entendais parfois, d’une discrétion désarmante, ouvrir la bouteille cachée derrière un placard. Le bruit du bouchon qui se libérait de son col étroit résonnait dans les couloirs comme une confession étouffée. C’était le signal de la fin de la journée, une fin marquée par une solitude lourde et pesante.
Il buvait lentement, chaque gorgée soigneusement mesurée, comme s’il cherchait dans l’alcool non pas l’oubli, mais une forme de réconfort, une échappatoire à la réalité. Le liquide ambré glissait dans son verre et, avec lui, semblait couler un flot de pensées non dites, de rêves brisés et de regrets accumulés. Dans ces moments-là, je pouvais presque voir le masque de mon père se fissurer, laissant apparaître les traces d’un combat silencieux qu’il menait contre ses propres démons. Son visage devenait plus sombre, ses yeux se perdaient dans une contemplation lointaine, et une ombre imperceptible semblait s’étendre sur son âme.
Malgré tout, il ne laissait jamais paraître cette lutte intérieure. À l’extérieur, il conservait toujours son allure imposante, sa voix ferme, mais à l’intérieur, je pouvais sentir ce frémissement, cette tension prête à éclater à tout moment. Ses gestes devenaient un peu plus lents, son rire un peu plus forcé, et ses mots, souvent mesurés, se faisaient parfois plus hésitants, trahissant une fatigue que seul l’alcool semblait apaiser, même temporairement. Tout ceci étant dit, vous comprendrez mon désarroi lorsque, une nuit, je surpris mon père marcher à quatre pattes, tel un animal, dans les couloirs de notre maison. Je m’en souviens comme si c’était hier.
La suite se trouve dans le livre.
