LAMADUBO

Volume 3 · LAMADUBO

L’animal

L’animal, troisième volume de La Maison du Bonheur de Steve Tiambo, raconte une nuit de janvier 1993 à Odza, à Yaoundé, où Ike voit son père, juriste respecté, se transformer : regard rouge, marche à quatre pattes, vision de cinq hommes blancs vêtus de noir que personne d’autre ne voit. Un récit sur la chute d’une figure paternelle.

Janvier 1993, à Yaoundé. Les fêtes viennent de s’achever et la rentrée approche. La maison d’Odza s’est vidée : la sœur aînée étudie à l’étranger, la mère est en mission à Douala depuis des mois. Restent Ike, son cousin Jack, Régine qui fait des allers-retours avec son campus, et le père, consultant juridique respecté, homme calme et pudique, qui ouvre chaque soir en silence une bouteille cachée derrière un placard.

Ike raconte ce dimanche où tout bascule. Le père rentre de la réunion de famille au bar du coin avec un regard qu’aucun de ses enfants ne lui connaît. Une odeur de répulsif envahit les couloirs, une porte reste entrebâillée sur quelque chose qu’il dissimule. Puis vient la nuit, et cette image qu’Ike n’oubliera jamais : son père avançant dans le couloir à quatre pattes, comme un animal.

À trois heures du matin, Ike traverse seul un quartier qu’il redoute pour aller chercher tonton Laka, un oncle plus préoccupé de lui-même que des autres. Depuis la véranda, le père désigne cinq hommes blancs vêtus de noir que personne d’autre ne voit. Ce volume fait vaciller la figure paternelle et met en scène tonton Paul, l’ami de toujours, dont le rôle dans l’histoire de la famille ne fait que commencer.

Que font ces cinq hommes blancs habillés en noir devant la maison du chef ?Volume 3 · L’animal
Raconté par
Ike, qui a alors onze ans
Personnages
Ike, Jack, Régine, le père d’Ike, tonton Laka, tonton Paul, tonton Sylvain
Lieux
Odza, Yaoundé, la véranda de la maison familiale, la chefferie du quartier d’Odza, Douala (évoquée)
La figure du pèreAlcool et secretsHallucination ou visionCourage d’un enfant

Extrait gratuit

Un père respecté, une bouteille cachée derrière un placard, et une nuit que son fils n’oubliera jamais.

Il ne buvait jamais avec ostentation. Ce n’était pas un homme que l’on pouvait qualifier d’ivrogne. Non, son rapport à l’alcool était plus subtil, presque méticuleux. À la tombée de la nuit, lorsque le silence enveloppait la maison et que le monde extérieur semblait enfin s’éloigner, je l’entendais parfois, d’une discrétion désarmante, ouvrir la bouteille cachée derrière un placard. Le bruit du bouchon qui se libérait de son col étroit résonnait dans les couloirs comme une confession étouffée. C’était le signal de la fin de la journée, une fin marquée par une solitude lourde et pesante.

Il buvait lentement, chaque gorgée soigneusement mesurée, comme s’il cherchait dans l’alcool non pas l’oubli, mais une forme de réconfort, une échappatoire à la réalité. Le liquide ambré glissait dans son verre et, avec lui, semblait couler un flot de pensées non dites, de rêves brisés et de regrets accumulés. Dans ces moments-là, je pouvais presque voir le masque de mon père se fissurer, laissant apparaître les traces d’un combat silencieux qu’il menait contre ses propres démons. Son visage devenait plus sombre, ses yeux se perdaient dans une contemplation lointaine, et une ombre imperceptible semblait s’étendre sur son âme.

Malgré tout, il ne laissait jamais paraître cette lutte intérieure. À l’extérieur, il conservait toujours son allure imposante, sa voix ferme, mais à l’intérieur, je pouvais sentir ce frémissement, cette tension prête à éclater à tout moment. Ses gestes devenaient un peu plus lents, son rire un peu plus forcé, et ses mots, souvent mesurés, se faisaient parfois plus hésitants, trahissant une fatigue que seul l’alcool semblait apaiser, même temporairement. Tout ceci étant dit, vous comprendrez mon désarroi lorsque, une nuit, je surpris mon père marcher à quatre pattes, tel un animal, dans les couloirs de notre maison. Je m’en souviens comme si c’était hier.

La suite se trouve dans le livre.

Questions fréquentes

Pourquoi le volume 3 s’appelle-t-il L’animal ?

Le titre renvoie à l’image la plus saisissante du volume : le père, figure respectée de la famille, surpris en pleine nuit avançant à quatre pattes dans le couloir, comme un animal.

Qui est tonton Laka ?

Tonton Laka est le frère du père d’Ike. Il habite à deux pâtés de maisons. Ike le décrit comme égocentrique et envieux, mais il aime son frère, et cette nuit-là il est le seul adulte proche sur qui la famille peut compter.

Mis à jour le 17 octobre 2026 · Par Steve Tiambo, auteur